samedi 28 juillet 2012

Les choses qu'on possède finissent par nous posséder

Sur une durée suffisamment longue, l'espérance de vie tombe, pour tout le monde, à zéro. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, et c'est déjà un scandale, mais cette citation est issue du film Fight Club. Aujourd'hui, j'ai voulu aller acheter une sorte de meuble, des étagères, enfin quelque chose qui pourrait contenir des bouquins, des produits culturels divers. Me retrouvant subitement seul, je me suis dit que ça me ferait un peu passer le temps d'aller faire les magasins, comme ça, en touriste. J'avais un peu oublié qu'on était samedi. Je hais le samedi. Tout le monde va faire les magasins, ceux-ci sont blindés, les caisses bondées, les gens errant à droite à gauche. Les voitures pullulent partout, on doit attendre de longues minutes à chaque rond-point, à chaque feu. Si on ne saisit pas la brèche dès que c'est possible, vos voisins de derrière vous rappellent joyeusement à coups de klaxon à quel point ils sont agacés de votre lenteur. Mais quoi, vous pouvez pas fermer vos gueules ? Vous êtes stressés toute la semaine, et vous cassez les couilles des autres le weekend ? Tout ça pour gagner, quoi, 5 secondes ? Et pour traînasser sur la route ensuite ? Connards.

Bref, c'est pas là que je voulais en venir. En rentrant bredouille de mon rapide passage par quatre magasins à enseignes énormes, j'ai subitement senti de l'agacement. De l'agacement envers la race humaine, celle-là même qui, tels de bons moutons consommateurs, s'empresse de courir acheter des choses dont elle n'aura pas besoin. On a créé le besoin, et il est a présent bien installé. Combien de fois avons-nous pris davantage de plaisir à acheter quelque chose plutôt qu'à en jouir ensuite ? Quel est le pourcentage de produits achetés qui est véritablement utilisé à 100% par la suite ? J'ai moi-même l'impression de me trouver dans cet engrenage dégueulasse, et je ne souhaite qu'une chose: m'en dépétrer au plus vite. Finalement, je suis assez ravi de n'avoir rien acheté. Après tout, en avais-je véritablement besoin ? N'est-ce pas une solution de facilité d'entasser, d'entasser, d'entasser encore, puis de jeter tout et n'importe quoi au bout d'un moment faute de place, d'intérêt ou d'utilisation avec une finalité intéressante ?

Sur ce point de vue, regarder Fight Club ce soir me paraissait une évidence. Mais plus que Fight Club et la consommation, c'est surtout de moi-même qu'il est toujours question au final: qu'est-ce que je veux vraiment ? Vers quoi voudrais-je réellement tendre ? Ce n'est pas ce soir que j'aurais la réponse... Mais je vais finir en paraphrasant Tyler Durden: il est inutile de tendre à être complet, ou à être parfait; il faut simplement évoluer, et ce qui doit arriver arrivera.

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vendredi 13 juillet 2012

Le retour de Drawer !

Bon je fais pas de la pub tous les jours, mais ce mec est l'un de ceux qui me fait le plus rire sur internet. Je suis Drawer depuis quelques années, et ça faisait un moment qu'il avait un peu arrêté ce genre de vidéo... Mais après plusieurs idées dans des directions diverses (dessins, impro, caricatures, jeux, musique - ce mec est un touche-à-tout) et sûrement aussi parce qu'il avait pas que ça à foutre, le revoilà EN GRANDE FORME dans des vidéos où il donne son avis sur tout et n'importe quoi. Et dans le style Drawer: juste, tranchant, décapant, jouissif, et avec un sens du montage TERRIBLEMENT efficace. Allez voir, ça vaut le détour !


-> http://www.drawertv.com/


Et continue mec !

vendredi 22 juin 2012

C'est possible

Pour le plaisir, un extrait d'un sketch de François Pérusse:

  • Oh merde, t'as entendu c'boucan ?
  • Y'a l'voisin du d'ssus qu'a décidé d'écouter la radio au maximum.
  • Oh ça c'est pas possible !
  • Attends j'lui téléphone et tu vas voir c'que j'vais lui dire moi.
  • Allô !
  • Euh bonjour c'est votre voisin du d'ssous.
  • Tiens bonjour.
  • J'me demandais comme ça si c'était possible de baisser le volume de votre chaîne.
  • Oh mais bien sûr que c'est possible.
  • Vous êtes très aimable.
  • Il est également possible d'ajuster les basses et les aigus...
  • Oui mais j'veux dire...
  • Il est également possible d'ajuster toutes les fréquences...
  • Ah bon très bien mais est-ce que...
  • C'est une chaîne qui est pleine de possibilités.
  • Mais est-ce qu'il est possible de baisser le volume maintenant ?
  • Mais bien sûr on peut baisser le volume à n'importe quel moment.
  • Bon alors est-ce que vous...
  • Ah vraiment avec cette chaîne on peut dire que la technologie sonore s'est rendue à son sommet.
  • En tout cas pour l'instant elle s'est rendue à mon appartemment.
  • C'est un bijou de l'électronique.
  • Bon est-ce qu'il est possible de baisser votre chaîne maintenant ?
  • Bien sûr j'viens d'vous l'dire.
  • Alors vous allez l'faire oui ou merde ?
  • Euh... Non.
  • Quoi ?
  • Mais il est possible de l'faire.

Voilà-voilà.

dimanche 17 juin 2012

Monsta

J'étais dans un magasin de chaussures ce midi... Et des chaussures avec Madame Bavarde étaient sur des présentoirs, à l'envers.

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Sérieusement: il n'y a que moi qui voit un monstre sur cette image ? Oui ? OK.

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vendredi 11 mai 2012

Parenthèse fonctionnelle

Aujourd'hui, j'ai l'impression d'avoir atteint un nouveau stade dans ma faiblesse. La faiblesse, normalement, c'est quand on craque: on est faible mentalement, on s'adonne à quelque chose de défendu, pas forcément contre ses valeurs, mais surtout parce que ça ne nous semble pas bien d'y céder - rapport aux conséquences futures. De fait, la faiblesse, ça représente peut-être ce qu'on refoule, ce qu'on se force à occulter, ce qui nous fait peur dans l'avenir, qu'il soit plus ou moins proche. Normalement, je cède difficilement à ce genre de faiblesse; je me dis qu'en persistant, on finit par ne plus flancher, et donc par être fort, bon an mal an. Là, j'ai lâché l'affaire direct. Depuis un certain moment, j'ai l'impression que j'ai atteint le maximum, et que ça n'a finalement pas servi à grand chose. Alors quoi ? Faut-il ne plus rien faire ? Tout ça me fatigue, mais j'ai l'impression d'être fatigué depuis toujours. Et que plus le temps passe, plus la façon dont les choses se déroule me perturbe. Ou pas en fait... Disons que j'arrive à me persuader du contraire, ce qui est plutôt pratique. Mais même en s'en persuadant à tire-larigot, il y a un moment où on se demande forcément: à quoi bon ?

Bon, cette introduction ne sert à rien, c'est pas de ça dont je veux parler de toute façon... Orelsan disait "j'préfère détester qu'aimer, j'préfère détruire que d'créer". Ouais, c'est plus facile dans ce sens, c'est évident. Chaque jour, j'essaye de me trouver de bonnes raisons pour ne pas ressentir, pour ne pas comprendre, pour ne pas être touché. C'est vachement difficile de faire comme si de rien n'était... J'avoue, je suis jaloux de ceux qui arrivent à faire comme s'ils en avaient rien à foutre. Moi, même semblant, j'y arrive pas. Et en plus, quand j'essaye de faire ça, après, je suis pas bien. Donc c'est quoi la solution ? Il n'y aucune solution. Comme la vie n'est pas fournie avec un mode d'emploi, seules les actions et les décisions prises, compilées aux réactions et aux décisions des autres, feront qu'il se passera quelque chose ou pas. Et si aucune réaction ni aucune décision en accord avec tes propres idées et tes propres principes n'émerge, alors il n'y a rien à faire. Et c'est ça, ce "rien à faire" qui me gonfle. Quoi qu'il arrive, j'aurais voulu faire, au moins quelque chose, n'importe quoi. Je n'ai pas envie de me résigner quand je peux encore avoir une incidence sur les évènements, les vies, le futur. Mais on ne peut pas forcer. Le temps qui passe n'efface rien, ce sont juste des boulets qu'on se traînera ad vitam aeternam. C'est vraiment fatiguant... Comment font les autres pour vivre avec tout ça sans se poser jamais face à eux-mêmes pour s'analyser et tenter de se comprendre, de faire avancer sa propre logique et ses idées ?

A quoi suis-je vraiment bon ? A quoi est-ce que je sers ? Suis-je dans le droit chemin ? Qu'est-ce que le droit chemin ? Pourquoi en arriver à coucher tout ça alors qu'il n'y a aucun intérêt à le faire ? C'est quoi la réalité ? A quel moment me semble-t-il opportun de franchir le pas dans toute parole, action, décision ? Faut-il forcer les choses ? Ai-je tort ? Quelqu'un me comprend-il alors que je ne me comprends pas moi-même ? Que dois-je faire ? Que dois-je dire ? Comment dois-je réagir ? A quoi bon faire des efforts s'ils semblent inutiles ? Pourquoi tout cela a-t-il l'air de ne jamais rien m'apporter ? Avec qui puis-je donc discuter de tout ça d'une manière tout à fait normale, profonde et réfléchie ?

C'est pathétique...


mardi 1 mai 2012

Weekend de 4 jours - Acte III

En fait cet acte III n'en est pas un et il n'y aura pas d'acte IV car j'aurais dû faire l'acte III hier. Bref, comme d'habitude, je ne tiens pas mes propres engagements ! Trop la flemme... Non pas que j'ai rien foutu, mais faire quelque chose et écrire dessus en live, je suis pas équipé pour. Mais c'était bien d'essayer...

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dimanche 29 avril 2012

Weekend de 4 jours - Acte II

J'ai envie de rien faire. On dit souvent que, parfois, c'est bien aussi de ne rien faire. Moi ça me fait chier... J'ai l'impression de plus être motivé, ça me gonfle. Allez, un p'tit Duke en multi me fera pas de mal. Un GAD à Hoover Dam, pourquoi pas. J'ai hésité avec un DM à Morning Wood avec moins de ping, mais je trouve le GAD plus rigolo. Putain, ça lag à mort, c'est lourdingue... Wouhou, j'ai gagné avec 33 victoires alors que j'ai commencé 3 minutes après le début de la partie (de 15 minutes...). Et j'ai même remporté les derniers points de mon équipe pour l'emporter 77 à 73 ! C'était trop facile... C'est pas assez lourd ! Bref, je kiffe pas en fait, j'ai pas envie de jouer à ça en pleine journée... Ca y est, le soleil se pointe alors qu'il est 18 heures ! C'est cool... Je vais me remettre sur ma partie de FFIX du coup. Quand je pense que Djidane à 9 niveaux de moins que sur ma partie précédente au même stade (40 heures environ), ça fait peur ! Mais qu'est-ce que j'ai bien pu glander ? Direct je commence par un boss, ça m'apprendra à sauvegarder n'importe comment tiens... C'est Arkh ! Si le jeu était réel, il lui suffirait d'un coup de sa lame pour tuer tout mon groupe en un coup... Encore une fois, tu veux faire certaines attaques contre les boss, et celles-ci ne fonctionnent pas. Ah, et les vols ratés, qu'est-ce qu'ils m'agacent dans ce jeu... Et comme il n'y a que Djidane qui peut voler, bin il fait que ça pendant tout le combat, et donc il sert à rien... Eiko privée de magie me sert à rien non plus, sauf pour les soins hyper urgents via les Maxi Potions. Mais comme Steiner a la compétence Herboriste qui double les effets des soins (et que c'est le seul), il vaut mieux passer par lui en temps utile (alors que c'est lui qui tape le plus fort, un comble...). AH ! Djidane vole enfin une Lance Gourou ! C'est pas trop tôt. Eiko en transe, ça n'apporte évidemment rien à ce stade, c'est juste magnifique. Meurs, saloperie !

Ah, au fait, pour la combinaison du sablier lorsqu'on contrôle Cid (grenouille), c'est les poids Terre-Pierre-Fer. Il faut pas prendre le poids en Bois, le plus léger.

samedi 28 avril 2012

Weekend de 4 jours - Acte I

Je jongle avec un cube grelottant alors que le soleil couchant se perd dans les nuages et dans l'horizon. Une douce mélopée s'évade dans le vent qui s'engouffre entre les roches, et le nom d'EUYEVAIR s'affiche. Oh ! Un mog. Le temps de dépenser plus de 70.000 gils alors que je n'en ai que 40.000 (même dans FF on achète à crédit...) et me voilà m'avançant vers à travers le sable rougeoyant. Djidane arrive devant une IMMENSE porte et se demande si c'est l'entrée... Mais quel con ce Djidane ! T'as pas dit le mot magique en plus, la porte risque pas de s'ouvrir. Ah bah si en fait, elle s'ouvre toute seule, tout est normal... Deux coffres et trois passages non explorés plus tard, un monstre (ou un mob, c'est selon) m'offre l'objet Renais avant de claquer. Que dois-je comprendre ? Mes amis vont-ils mourir ? Pourquoi tant de mystères ? POURQUOI ? Ah, et puis le mog de l'entrée m'a confié une lettre pour un mog qui se trouve DEUX ÉCRANS PLUS LOIN. Non mais c'est se foutre de la gueule du monde, non ? J'ai une tête de larbin ou quoi ? En plus l'autre il envoie un courrier pour se plaindre qu'il y a de moins en moins de courrier. Il est Français celui-là, non ? J'apprends au commentaire suivant qu'il s'agit en réalité d'un mog femelle. Mais où va le monde ? Oui, il y a trop de questions dans ce texte. Ah ! L'un de mes ennemis préférés, Epitaf, fait son apparition. Avec son attaque Fossile, je comprends pourquoi certains monstres à l'extérieur nous faisaient gagner des Défijeurs maintenant. Oh, et son attaque Doppelgänger est magnifique, je l'adore. Voir ce cher WP pour plus de prévisions sur la dualité. Ah merde ! Je ne peux plus utiliser la magie ! Traîtrise ! Les combats s'enchaînent pendant un certain temps car j'ai un peu de mal à comprendre l'ordre dans lequel il faut faire les choses... Bon aller, je sauvegarde, j'en ai marre et j'ai la dalle.

mardi 10 avril 2012

Parenthèse spatiale

Les jours passaient, identiques aux précédents, identiques aux suivants. Inerte, semblant se contenter de ce qu'il subissait, les joies comme les peines quotidiennes lui semblaient fades, bien loin de tout ce qui aurait dû être sa réalité. Et au fond de lui, il se rendait compte que seuls la souffrance, les moments difficiles et les pires situations lui étaient profitables: oui, au fond de lui, il était meurtri par ces situations qu'il n'avait pas pu contrôler ni maîtriser, mais c'est par elles qu'il ressentait cette flamme de la vie qui brûlait intensément en lui.

En fixant son casque machinalement, il se rappelait son objectif: réparer une partie de son vaisseau dérivant dans l'infini de l'espace. Vu de l'extérieur, il paraissait serein, maître de la situation, de ces gestes et de ses pensées, fixé sur son seul objectif. La combinaison qu'il portait pesait de tout son poids sur son corps, ralentissant ses gestes, compliquant ses réflexes. Le sas s'ouvrit dans un bruit sourd, puis il y entra. Là, dans cet endroit semblant représenter un couloir entre les mondes, il réfléchissait: serait-il dans une situation identique une fois mort ? Traverserait-il une porte vers un autre univers, moins accueillant, plus hostile ?

L'accès vers l'extérieur s'ouvrit à son tour, et il coupa toute réflexion. Bien arnaché, il s'assura deux fois que rien ne mettrait en péril sa sortie. Pourquoi attacher soudainement tant d'importance à la vie ? Nous paraît-elle moins futile dans les moments critiques ? Un sourire marqua son visage. Il se demanda même pourquoi il souriait, subitement, devant l'ineptie de ses propres questionnements. Enfin, il sortit, le regard décidé. Là, dehors, tout était sombre, comme mort. Sa respiration se fit plus marquée, comme voulant s'assurer qu'il était bien présent, qu'il pouvait survivre à ces lieux. Il était comme oppressé, et se dit qu'il allait se dépêcher de réparer cet impact pour rentrer au plus tôt. Il se mit donc en route et longea son vaisseau en suivant une échelle: d'ailleurs, il n'eut même pas à s'écarter de ce chemin pour trouver ce pour quoi il était sorti. Se saisissant de ses outils, il fixa un matériau solide pour boucher un interstice, puis appliqua une sorte de colle. C'eut l'air simple, mais il ne fallait ici rater aucun mouvement: le droit à l'erreur n'existait pas, ou peu.

A cet instant, et alors qu'il aurait dû simplement faire demi-tour et retourner en cabine, son regard se porta sur une étoile, lointaine, brillante, énigmatique. Son cœur se serra, il déglutit, puis diverses pensées l'atteignirent: y avait-il une vie, là-bas ? Quelqu'un regardait-il dans sa direction en ce même moment ? Cela le rassurait-il de se dire cela, ou cela l'inquiétait-il ? Et puis, finalement, que faisait-il ici ? Ses yeux se perdirent dans le noir abyssal qui l'entourait, et il eut comme une envie stupide de se laisser happer par la luminosité de cette astre lointain. Stupide ? Vraiment ? Il saisit le mousqueton qui le retenait à la vie, et hésita un très court instant avant de se détacher, l'air de rien. Il aurait encore pu se rattraper, revenir, mais son acte était décidé, réfléchi, sensé.

Après tout, quelqu'un l'attendait-il quelque part ? Qui se souciait finalement de lui ? Et quand bien même y aurait-il des personnes se préoccupant de ce qu'il devenait, y avait-il vraiment une place pour lui quelque part sur cette Terre ? Il lui semblait présentement que sa place était là, dans cet immense espace, à dériver. En prenant cette voie, il eut l'air soulagé, serein, heureux, accompli. Son passé ne lui revint même pas en tête. Il eut cette impression du devoir accompli, l'impression d'avoir toujours fait ce qu'il fallait, même si rien ne s'était forcément passé comme il l'avait espéré. Là, c'était juste que l'occasion s'était présentée, alors il l'avait saisie.

Il dériva, longtemps, au milieu de cet infini. Il ne bougeait même plus les membres, il se laissait complètement aller, le regard perdu vers le néant. Au bout d'un certain temps, l'oxygène se fit plus rare, petit à petit. Une sorte de sommeil commença à le prendre, doucement. Ses yeux commencèrent à se fermer, sa respiration se faisant plus espacée, plus lente. L'étoile brillait toujours au loin. Et ceux qui l'avaient connu, ceux qui le connaissaient jusqu'à présent, tous furent soudainement pris d'une sorte de légère douleur dans la poitrine. Ils regardèrent le ciel, de là où ils se trouvaient, impuissants, interrogatifs. Puis ils reprirent leur vie, comme si de rien n'était.

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samedi 24 mars 2012

Parenthèse sentimentale

La première fois qu'il la vit, il l'avait vraiment trouvée très belle. Peut-être pas le coup de foudre, mais plutôt une attirance mesurée envers un autre être à qui on semble correspondre, comme si on n'avait pas eu besoin de parler pour se comprendre, comme si le regard, la façon de se comporter et les gestes anodins de la vie courante vous éprouvaient plus encore que n'importe quoi. Et puis, la vie a poursuivi son parcours, et rien ne se passa jamais entre eux. De toute façon, il pensait que cette personne n'avait pour lui aucune attirance particulière, sinon leurs regards se seraient croisés, ou quelques mots eurent pu être échangés - quelques mots sans aucun sous-entendu, mais qui auraient pu sembler naturels, ou tout du moins leur faire partager un instant privilégié qu'ils auraient alors gardé secrètement au fond de leur cœur.
Au bout d'un certain temps, ce sentiment ressenti au départ se cristallisa, s'enterrant de lui-même sous les flots des mois s'écoulant, tant et si bien qu'on aurait pu croire que rien avant n'avait existé. Certes, il subsistait encore parfois un léger malaise quand il s'approchait trop d'elle, ou lorsqu'il fallait échanger un peu plus que des banalités pour une raison ou pour une autre; mais en tout état de cause, la subite passion ressentie lors des premiers regards eut l'air d'un lointain souvenir, d'une erreur de parcours ou d'un sentiment pas franchement établi. Chacun fit sa vie l'air de rien, se disant probablement que, finalement, c'était mieux ainsi, qu'aucun avenir n'était à rechercher dans tout cela.
Un jour de relâchement, la jeune femme ne sembla pas au plus haut de sa forme. Affecté de ressentir pareille empathie et ne pouvant décemment la laisser dans une situation où elle paraissait ne pas être au mieux, il fit le premier pas et ouvrit une brèche dans leur relation: l'intention était louable, la situation anodine, la démarche somme toute exempte de toute initiative malhonnête. Néanmoins, ils eurent la faiblesse de se parler, de se livrer ne serait-ce qu'un peu et de se trouver l'un l'autre une oreille attentive, une occasion de pouvoir échanger sereinement, une manière bien à eux de se trouver alors que rien n'aurait jamais existé sans cela.
Étrangement, ce rapprochement eut l'air logique, spontané, naturel: on aurait dit que le temps n'avait attendu que cela et que, malgré tous les efforts consentis pour l'éviter ou l'oublier, ils avaient été happés sans le vouloir par ce qui se trouvait là, quelque part, depuis le début. Pourtant, leur ressenti ne pouvait être identique sur le sujet: ils étaient des personnes fondamentalement différentes, avaient eu des vies différentes et percevaient forcément, de fait, les choses de manière différente. Du coup, ce qui aurait dû sembler normal en les rapprochant ne fit que les éloigner davantage, compliquant une relation auparavant inexistante par des sentiments confus sans fondement et sans avenir. Cela devaient-ils les empêcher d'échanger, de se comprendre, et d'avancer quelque part ?
La dernière fois qu'il la vit, il l'avait trouvée resplendissante. Ce n'était pas le coup de foudre, mais l'accomplissement d'un long apprentissage de l'autre qu'il avait fini par accepter en lui-même. Oui, il l'aimait, sans raison, sans explication, sans y voir un quelconque intérêt, et sans y voir une quelconque porte de sortie. Maintenant, il n'avait plus qu'à le regretter amèrement. Et souffrir un certain temps de ce sentiment au goût désagréable d'inachevé.

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