mardi 10 avril 2012

Parenthèse spatiale

Les jours passaient, identiques aux précédents, identiques aux suivants. Inerte, semblant se contenter de ce qu'il subissait, les joies comme les peines quotidiennes lui semblaient fades, bien loin de tout ce qui aurait dû être sa réalité. Et au fond de lui, il se rendait compte que seuls la souffrance, les moments difficiles et les pires situations lui étaient profitables: oui, au fond de lui, il était meurtri par ces situations qu'il n'avait pas pu contrôler ni maîtriser, mais c'est par elles qu'il ressentait cette flamme de la vie qui brûlait intensément en lui.

En fixant son casque machinalement, il se rappelait son objectif: réparer une partie de son vaisseau dérivant dans l'infini de l'espace. Vu de l'extérieur, il paraissait serein, maître de la situation, de ces gestes et de ses pensées, fixé sur son seul objectif. La combinaison qu'il portait pesait de tout son poids sur son corps, ralentissant ses gestes, compliquant ses réflexes. Le sas s'ouvrit dans un bruit sourd, puis il y entra. Là, dans cet endroit semblant représenter un couloir entre les mondes, il réfléchissait: serait-il dans une situation identique une fois mort ? Traverserait-il une porte vers un autre univers, moins accueillant, plus hostile ?

L'accès vers l'extérieur s'ouvrit à son tour, et il coupa toute réflexion. Bien arnaché, il s'assura deux fois que rien ne mettrait en péril sa sortie. Pourquoi attacher soudainement tant d'importance à la vie ? Nous paraît-elle moins futile dans les moments critiques ? Un sourire marqua son visage. Il se demanda même pourquoi il souriait, subitement, devant l'ineptie de ses propres questionnements. Enfin, il sortit, le regard décidé. Là, dehors, tout était sombre, comme mort. Sa respiration se fit plus marquée, comme voulant s'assurer qu'il était bien présent, qu'il pouvait survivre à ces lieux. Il était comme oppressé, et se dit qu'il allait se dépêcher de réparer cet impact pour rentrer au plus tôt. Il se mit donc en route et longea son vaisseau en suivant une échelle: d'ailleurs, il n'eut même pas à s'écarter de ce chemin pour trouver ce pour quoi il était sorti. Se saisissant de ses outils, il fixa un matériau solide pour boucher un interstice, puis appliqua une sorte de colle. C'eut l'air simple, mais il ne fallait ici rater aucun mouvement: le droit à l'erreur n'existait pas, ou peu.

A cet instant, et alors qu'il aurait dû simplement faire demi-tour et retourner en cabine, son regard se porta sur une étoile, lointaine, brillante, énigmatique. Son cœur se serra, il déglutit, puis diverses pensées l'atteignirent: y avait-il une vie, là-bas ? Quelqu'un regardait-il dans sa direction en ce même moment ? Cela le rassurait-il de se dire cela, ou cela l'inquiétait-il ? Et puis, finalement, que faisait-il ici ? Ses yeux se perdirent dans le noir abyssal qui l'entourait, et il eut comme une envie stupide de se laisser happer par la luminosité de cette astre lointain. Stupide ? Vraiment ? Il saisit le mousqueton qui le retenait à la vie, et hésita un très court instant avant de se détacher, l'air de rien. Il aurait encore pu se rattraper, revenir, mais son acte était décidé, réfléchi, sensé.

Après tout, quelqu'un l'attendait-il quelque part ? Qui se souciait finalement de lui ? Et quand bien même y aurait-il des personnes se préoccupant de ce qu'il devenait, y avait-il vraiment une place pour lui quelque part sur cette Terre ? Il lui semblait présentement que sa place était là, dans cet immense espace, à dériver. En prenant cette voie, il eut l'air soulagé, serein, heureux, accompli. Son passé ne lui revint même pas en tête. Il eut cette impression du devoir accompli, l'impression d'avoir toujours fait ce qu'il fallait, même si rien ne s'était forcément passé comme il l'avait espéré. Là, c'était juste que l'occasion s'était présentée, alors il l'avait saisie.

Il dériva, longtemps, au milieu de cet infini. Il ne bougeait même plus les membres, il se laissait complètement aller, le regard perdu vers le néant. Au bout d'un certain temps, l'oxygène se fit plus rare, petit à petit. Une sorte de sommeil commença à le prendre, doucement. Ses yeux commencèrent à se fermer, sa respiration se faisant plus espacée, plus lente. L'étoile brillait toujours au loin. Et ceux qui l'avaient connu, ceux qui le connaissaient jusqu'à présent, tous furent soudainement pris d'une sorte de légère douleur dans la poitrine. Ils regardèrent le ciel, de là où ils se trouvaient, impuissants, interrogatifs. Puis ils reprirent leur vie, comme si de rien n'était.

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lundi 27 juin 2011

Zombie Nation

Ouais, parce qu'il y a pas que les mangas dans la vie... Bref, HOUBA ! Ça y est, j'ai enfin commencé Walking Dead ("The Walking Dead" en VO, pourquoi enlever le "The" ?) du trio Kirkman / Moore / Adlard. Apparemment une œuvre pas toute récente (commencée en 2004 et publiée en France en 2007 - ouais, je suis à la bourre...) mais à laquelle on accroche rapidement. Après, c'est juste une histoire avec des zombies, dont on retrouve les classiques du genre (environnement saccagé, héros regroupés dans un lieu pourri, tensions dans le groupe, arrivée des zombies, morts...) menée avec un certain brio, il faut l'avouer. Notamment, les aléas de la vie entre les survivants, intéressants, permettent quelques réflexions personnelles. Malheureusement, on n'a pas tellement le temps de s'attacher... Après, les chapitres sont souvent bien amenés, et rythmés. Bon, je trouve notre cowboy de héros plutôt moyen, mais c'était sans doute encore une fois pour retranscrire la vie d'un "mec normal" plongée dans l'horreur. La BD reste intéressante, on se prend au jeu, même si les grosses ficelles du genre sont toujours de sortie. Sympa, et donc à suivre. 14/20.

walking_dead_couverture_fr

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mardi 21 juin 2011

Sa mère !

Cinquième tome de Jackals aujourd'hui, du duo Murata / Kim. Pas mal de baston dans ce volume: des corps découpés, écharpés, fendus, déglingués, fusillés, tranchés, explosés... Bref, on en voit de belles ! Quelques passes d'armes intéressantes, mais quand même beaucoup trop de morts (surtout des morts inutiles dirons-nous), et beaucoup de personnages auxquels on n'a pas vraiment le temps de s'attacher du coup, dommage. Pour le reste, on réserve le meilleur charisme aux protagonistes les plus importants pour dénigrer les autres... Bon, choix spécial. Et Nichol qui retrouve sa môman, si c'est pas beau ça ? Pas transcendant, mais quand même très sympa, et carrément bien rythmé. 14/20.

jackals_tome_5

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mardi 6 juillet 2010

Pictal Pawa

EDIT DE LA MORT QUI TUE.

Bon, le pictal lié à l'action qui était décrite précédemment n'existe plus: dorénavant, il faudra que le filleul PAYE pour que le parrain gagne le pictal (rare) associé. Autant dire que c'est une belle arnaque, que je déplore...
Bref, tout ça pour dire que vous pouvez toujours venir jouer, si et seulement si vous en avez l'envie. Je ne veux pas faire partie de cette supercherie expansionniste visant exclusivement à accélérer ce capitalisme à deux ronds...

-> http://www.hordes.fr/?ref=Lynker

zombie_apocalypse

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mardi 16 février 2010

Une nuit parmi d'autres

Il est 1h20. Ça fait longtemps que je ne dors plus que 4 ou 5 heures par nuit, donc je n'ai pas tellement l'impression que ça soit tard. Il faudrait que j'aille me coucher, mais des pensées me taraudent, et puis, comme d'habitude, j'ai pas réellement eu le temps de faire tout ce que j'aurais voulu faire ce soir. Parfois, je me dis que la vie que l'on mène est tracée depuis longtemps. Loin des obligations et des choses que l'on s'impose à soi-même, les autres mènent notre vie sans qu'on ne puisse rien y faire. C'est qu'il faudrait veiller à ne pas les décevoir, tous ces braves gens.
Moi, c'est pas tellement que je n'ai pas envie de décevoir quelqu'un. Disons plutôt que je ne dépose les armes que si je ne vois aucune porte de sortie accessible d'un simple pas. Si, pour arriver à cette porte, je dois risquer de me viander la gueule dans des rochers vingt mètres en contrebas, je ne vois pas bien l'intérêt. On pourra toujours me dire que tout ça n'est qu'une question de probabilité et d'envie, mais préfère-t-on davantage continuer de vivre ou risquer de mourir ?
L'important de tout cela est bien ailleurs, et j'ai l'impression d'avoir déjà eu ce sentiment une bonne demie-douzaine de fois. Je sais pourtant que personne n'y peut rien, mais il n'empêche, c'est toujours aussi désagréable. Un peu comme quand quelqu'un décède. On n'y peut rien. On souffre quand même, tout cela est très fataliste, et on est bien obligé de continuer à vivre pourtant, avec cette douleur qui pourra se révéler être une vraie force parfois.
Après, avec le temps, il paraît que les choses sont différentes, ou du moins atténuées. Le recul efface quelques souvenirs, quelques situations, il ne garde que quelques bons sentiments empruntés de douceur et de joie. On regrette souvent davantage la joie ressentie et procurée que tout autre chose. On oublie le reste et les difficultés, car là n'est pas réellement l'important. OK, quelque chose s'est brisé, la vie est ainsi faite. On a tellement l'impression de ne rien contrôler, d'être dépendant de tout un tas de trucs et de tout un tas d'idées...
Pourtant, me remettre en question, je continue à le faire. Chaque jour un peu plus, dans ma folie intérieure sujette à une perfection impossible à atteindre. C'est justement ce que je pourrai me reprocher. Mais qui connaît son avenir ? Qui sait ce qu'il adviendra demain ? J'aimerais seulement, ce soir, dire à tous ceux qui me sont chers que, oui, je les ai appréciés, je les ai aimés, autant que j'ai pu le faire. Parce que faire plus serait incohérent, parce que faire moins n'est pas dans ma personnalité, je ne regrette rien, j'avance, tout simplement. La logique n'existe pas. Le hasard ne veut rien dire. Le temps est compressé. Nous souffrons autant que nous pouvons nous réjouir de vivre. La mort nous prendra bien assez tôt. Et si elle ne vient pas, vous la regretterez peut-être. Alors ?

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lundi 18 janvier 2010

Le rap n'est pas mort

Cet aprem', je suis tombé sur l'un des derniers titres de Rocé - Si peu comprennent. Bin sérieusement, si vous en avez soupé du vieux rap commercial, voilà du bon gros son avec des textes intelligents. C'est pas tous les jours, et j'ai vraiment trouvé ça génial. Et ça fait vraiment du bien...

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lundi 1 juin 2009

Toujours plus loin dans la bourre

Wao, encore un titre à inscrire dans les annales (ahahah). Bon, sinon, c'était pour parler des dizaines de mangas qui sont entreposés un peu partout chez moi et en attente de lecture. Et comme j'en lis de moins en moins par manque de temps (d'envie ?), du coup j'en achète plus (logique, sinon je saurai même plus quoi en faire). Malgré tout, deux choses à dire sur les deux seuls tomes que j'ai lu ces 10 (15 ?) derniers jours:

Ikigami volume 2 est aussi bon, si ce n'est meilleur, que le 1. En effet, en lisant notamment la deuxième partie du manga, une terrible émotion m'a traversé, preuve du superbe scénario allant crescendo de Motorô Mase. Une perle à ne surtout pas manquer, d'autant que le sujet traité nous concerne forcément tous, c'est-à-dire notre relation face à la vie et à la mort...

Ushijima volume 10, toujours aussi transcendant dans les réalités de la décadence de la vie humaine et ses problèmes face au quotidien dans notre institution moderne. Un tome qui s'étale sur la vie d'un seul homme, tout au long de chapitres dans lesquels on se fond totalement, happés par une force si simple et si terrible... En tout cas, je donne toujours autant de crédit à ce manga, qui pour moi ne s'essouffle pas le moins du monde. A lire.

Ah, et j'aime bien l'analogie avec les deux couvertures, je trouve ça classe. Comme quoi, finalement, beaucoup de choses nous rassemblent, et les différences sont encore moins importantes qu'on pourrait le croire. Et au milieu de tout ça: l'être humain, c'est-à-dire toi, c'est-à-dire moi.

ikigami_2 ushijima_10

dimanche 5 avril 2009

Dingo et Max

Ah oui au fait j'ai regardé le film Collateral jeudi soir, parce qu'il passait sur M6. A la fin du film, je me demandais même pourquoi je l'avais en DVD...
L'histoire: Après avoir déposé Annie, une procureur, qui lui a laissé sa carte de visite, Max, chauffeur de taxi, accepte de prendre un client, Vincent, pour cinq courses. Vincent prétend qu'il a cinq personnes à voir pour conclure un contrat immobilier dans la nuit. Mais le premier tombe mort sur le toit du taxi. Vincent décide de se servir de Max pour pimenter son contrat de tueur à gages. Dans le même temps, deux inspecteurs de la police de Los Angeles commencent une enquête. En effet, le premier tué devait témoigner dans un procès contre un mafieux qui s'ouvre le lendemain, et dont le procureur est Annie...
Mon avis: Si le film est intéressant sur bien des points notamment grâce à un bon scénario se déroulant sur une seule nuit, le côté psychologique sent assez le moisi. Le personnage de Vincent interprété par Tom Cruise est assez pathétique dans son genre, et le fait qu'il tombe sur un chauffeur de taxi assez minable (et qui semble se transformer en héros au fur et à mesure du film) est assez indigeste. D'autant que, fait que je n'aime guère, les gentils gagnent à la fin... Bon, du coup, film sympa à mater une fois, mais pas incontournable.

collateral

dimanche 8 février 2009

Sérieux, je vais mourir ?

Sans réellement y avoir réfléchi avant et sans en avoir lu un quelconque résumé, j'ai acheté le premier tome du manga Ikigami samedi dernier, et je l'ai lu à l'instant.
L'histoire: Dans un pays semblable au nôtre, une loi entend assurer la prospérité de la nation en rappelant à tous la valeur de la vie. Pour ce faire, un jeune sur mille entre 18 et 24 ans est arbitrairement condamné à mort par une micro-capsule injectée lors de son entrée à l'école primaire. Et lorsque, plusieurs années plus tard, on reçoit la carte de l'Ikigami, c'est qu'il ne nous reste plus que 24 heures à vivre. A quoi passer cette journée lorsqu'on a pas eu le temps de faire sa vie ?
Mon avis: Excellent, passionnant, grandiose. Je n'avais pas lu de premier tome aussi fort et poignant depuis un moment. Entre Death Note et Ushijima, Ikigami nous conte un présent parallèle entre réalité et fiction, entre horreur et banalité, et où la vie flirte en permanence avec la mort. Car après tout quel autre destin nous promet la vie ? Motorô Mase nous invite ici à une réflexion sur le système actuel, un peu comme l'avait fait le film Battle Royale, mais il nous expose également la vision meurtrie de ces jeunes condamnés à mort qui, en 24 heures, tentent de se venger ou de se racheter. Après tout, la vie est trop courte, et on n'en est jamais aussi conscient que quand on sent la fin proche. A lire absolument.

ikigami

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