jeudi 11 avril 2013

Parenthèse circonspecte

Des semaines, des mois s'étaient écoulés. Pedro* avait cru, apparemment à tort, que l'eau qui avait coulé sous les ponts depuis cette fin d'année pleine d'amertume lui permettrait de passer outre ses pensées et d'affronter enfin la réalité en temps utile. Foutaises. On dit que le seul le temps efface les souvenirs douloureux, mais quid des souvenirs qui resurgissent de manière anarchique, sans crier aérogare ? Certes, ce sentiment douloureux et pénible aurait peut-être dû le réjouir : après tout, cela prouvait qu'il était encore capable d'amour, de désir, en gros qu'il était vivant. Mais en doutait-il jusqu'alors ? Non. Alors ?

Néanmoins, pourquoi ne pas prendre les choses du bon côté, finalement ? J'ai lu récemment que les signes de double ponctuation subissaient un espace après la dernière lettre de la phrase ; n'est-ce pas une évolution bénéfique personnelle ? Tant d'années à avoir fusionné à tort une fin de phrase et un point d'interrogation, ou un point-virgule - le fameux point-virgule ! - quel gâchis. Alors, lorsqu'on peut y faire quelque chose, faisons-le. Lorsqu'on peut ne rien y faire, ne faisons donc rien. Mourir en silence, à petit feu, Sacha n'avait que cette impression de consumation permanente, alors même qu'il ne maîtrisait aucun Dracofeu ! Sacha eut même l'air diablement bête le jour où il aurait voulu que sur lui s’abatte tous les malheurs : après tout, il pensait qu'il était épargné, et qu'il n'était pas pour autant plus heureux. Il lui manquait quelque chose, mais à chaque fois qu'il lui semblait effleurer le Graal, celui-ci se carapatait. Dans quel but, bon sang ? N'était-ce tout simplement pas atteignable ? Avait-il une vision de la vie si différente qu'il lui était impossible de déceler ce qui lui faisait tant défaut ? Jamais sans doute ne trouverait-il de réponse là. Mais si on lui avait au moins laissé la liberté d'essayer de tenter un peu plus, peut-être aurait-il été moins amer à la toute fin des choses.

Une tristesse l'envahissait. Sacha se sentait vide. La nuit emporterait son tourment, et une nouvelle journée recommencerait, encore.

 

* Pour des raisons évidentes de confidentialité, nous appelleront désormais Pedro Sacha.

Posté par Lynks à 20:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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